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© Steve Assandri

UN PINOCCHIO DE MOINS

Fantasmagorie immorale d'après Carlo Collodi

Création en janvier 2009

" Le plus beau de nos mythes n’est ni Faust, ni Don Juan, mais le mythe de Pinocchio. Nous sommes des Pinocchio à l’envers : nous sommes en bois et nous avons à nous défaire de nous – à nous défaire de l’homme et à redevenir masques. " Valère Novarina

Un pantin de bois désobéissant rêve de devenir « un petit garçon comme il faut ». Tout comme dans le Magicien d’Oz et Don Juan, le protagoniste est jeté sur un chemin hasardeux qui le confronte à toutes ses perversités. Son voyage est un parcours initiatique dans une Italie de Cinecittà, qui s’étale sur une multitude de scènes, autant de théâtres différents : la mer, la ville, la campagne, la forêt, un petit théâtre de marionnettes, le ventre d’un squale… Chaque péripétie est un élément d’une thérapie qui fera de ce monstre de Pinocchio un enfant « sage et dévoué ».

C’est d’abord le conte énigmatique, étrange et sombre qui m’a séduit. La langue de Carlo Collodi, d’une insolence rare, m’a également enthousiasmé ; vive, rapide, tantôt triviale, tantôt baroque, avec ses leitmotivs, ses répétitions, ses proverbes truqués et ses violentes ruptures. Dans mon adaptation, j’ai découpé le texte en mouvements, en vagues successives, luttant contre « l’explication » de texte, « la généralité » du texte, pour que des séquences très contrastées s’additionnent, se percutent, se contestent, créant des intensités dynamiques, des situations qui ne s’installent pas.

" Que le flot continu de jeu soit comparable au flot continu d'un orchestre "
Jean-Louis Barrault

J'ai demandé aux acteurs de dévoiler les artifices propres au théâtre sans trahir le mystère de la représentation. Comme dans mes précédents spectacles, les personnages sont poussés à la lisière des archétypes, jusqu’à l’outrance, en évitant le burlesque et la caricature. Il y a une forte revendication théâtrale dans Pinocchio et beaucoup de travestissements puisque cinq acteurs prennent en charge l’univers très peuplé de Collodi. Le son et la lumière matérialisent ce cauchemar et contribuent à nous faire ressentir l'angoisse des mauvais rêves.

Jérémie Le Louët