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© Cie des Dramaticules

UBU ROI

Pseudo-farce d'après Alfred Jarry

Création en novembre 2014

Si l’on juge la pièce d’un point de vue strictement littéraire – ce que l’on aurait tort de faire -, Ubu roi est une œuvre bien pauvre. Peu d’esprit, peu de poésie, peu de philosophie… Mais on ne peut séparer la pièce de son histoire, celle d’un jeune homme de 23 ans qui a décidé d’opérer une rénovation du théâtre par le théâtre. Jarry orchestre la destruction de toutes les scléroses, de tous les académismes, de la mauvaise tradition qui empêche le théâtre (et le reste !) de s’affranchir des conventions dont la jeunesse est saturée.
Les destructeurs, les transgresseurs, les affreux imposteurs ont toujours animé mes spectacles. Ce sont les meilleurs personnages. Ceux qui, éternellement, nous permettent de mesurer nos pulsions, nos fantasmes et nos frustrations, ceux qui interrogent la théâtralité par leur seule présence sur la scène. Et puis, la question de la théâtralité est pour moi hautement politique puisqu’elle détermine l’ambition et le degré d’engagement des artistes sur le plateau.
Dans notre Ubu, les tableaux ne se suivent pas, ils se percutent et se contestent sur le mode emphatique, ironique et critique. La pièce parle d’abus de pouvoir, d’abus d’arbitraire, d’abus de violence… Sur scène, les abus prennent leur source dans le rapport délétère entre des acteurs travaillant la pièce ; l’histoire d’une troupe jouant Ubu roi et se déchirant en jouant Ubu roi. C’est une mise en crise obstinée de la représentation à laquelle nous avons à faire. Et dans cette entreprise de démolition, Jarry ne demande qu’à être brutalisé.

Jérémie Le Louët