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© Jean-Louis Fernandez

RICHARD III

Simulation magistrale d'un mégalomane de William Shakespeare

Création en novembre 2012

" Il y a une langue capable d'embobeliner le diable." Charles Lamb

La pièce pose une question assez simple : comment, dans « un monde corrompu où tout va pour le pire », un homme « différent » s’élève-t-il, par l’éloquence et l’intensité de son verbe ? Richard dénonce, maudit, châtie, asservit, assassine ses proches. Il use de tous les artifices du théâtre : séduction, manipulation, composition, imprécation, et fait de son ascension puis de sa chute, un spectacle très divertissant ; une démonstration implacable, sarcastique et rageuse, de la médiocrité du monde.

« Seul ce qui est insoutenable est profondément tragique, profondément comique, essentiellement théâtre. (...) La représentation des pièces de Shakespeare me donnait l’impression de rendre soutenable l’insoutenable. C’était un apprivoisement de l’angoisse. » Eugène Ionesco

En France, on a souvent tendance à jouer Shakespeare comme on jouerait Marivaux. On bavarde… On bavarde… On dit de belles choses. On admire la finesse d’esprit, la profondeur psychologique des personnages et l’originalité des intrigues, mais on oublie que Shakespeare fut d’abord un poète au lyrisme incandescent. Le génie du plus grand auteur de théâtre de tous les temps est d’abord dans sa puissance poétique. Son génie théâtral est dans son génie poétique.

« Au théâtre, il y a la parole : la parole est l’ennemie ; la parole utilisée comme elle l’a été, c’est-à-dire jamais décantée, jamais chantée, jamais niée, jamais persécutée, jamais assez persécutée. Je veux dire qu’on a nié le chant. » Carmelo Bene

Tous mes spectacles témoignent d’une mise en crise de la parole, dans une société où la parole est corrompue. Richard III s’inscrit dans un parcours de troupe qui a démarré fin 2002 avec la création de la Compagnie des Dramaticules. La fidélité des acteurs qui m’accompagnent m’a permis de créer avec eux une « grammaire de jeu », musicale et chorégraphique, qui est le socle de mon travail de metteur en scène. Richard III, tragédie de la mystification, est un terrain de jeu exaltant pour mes expérimentations langagières, mon goût du séquençage et ma "fascination/exécration" pour les monstres de pouvoir.

Sur le plateau, les artifices théâtraux sont revendiqués comme accessoires et comme signes : scène dépendrillonnée, sol en acier comme miroir de métal, parois de tubes fluorescents utilisées comme éléments scénographiques, escalier pour trône, bancs pour les acteurs qui ne sont pas en jeu, portants pour les costumes, micros sur pied, couronne, poignards…

Jérémie Le Louët