8

© Grégory Liénard

MACBETT

Farce tragique d'Eugène Ionesco

Création en mai 2005

" J’ai intitulé mes comédies anti-pièces, drames comiques, et mes drames pseudo-drames ou farces tragiques, car, me semble-t-il, le comique est tragique et la tragédie de l’homme dérisoire. " Eugène Ionesco

Dans un déferlement verbal "tragi-ubuesque", Ionesco interroge le destin, la vanité et la mort. Macbett n’est pas la caricature rassurante d’une des plus célèbres pièces de Shakespeare mais une opération critique sur le mythe. Macbett, c’est Macbeth cauchemardé par Ionesco. L’ambition, la haine, la barbarie en sont les principaux moteurs. Le plus violent, le plus dénué de toute éthique accède inexorablement au pouvoir.

"Mon Macbett, entre Shakespeare et Jarry, est assez proche d'Ubu roi."
Eugène Ionesco

Ma mise en scène soumet aux acteurs plusieurs problématiques : comment être dans l’extrémité des sentiments en évitant l’écueil de la parodie ? Comment rendre compte du grotesque et du sublime sans glisser vers le burlesque et la caricature ? Comment contourner le jeu psychologique et la sensiblerie sans être dans un jeu distancié ?

Mon Macbett a valeur de manifeste : sept acteurs jouent la vingtaine de rôles de la pièce. L’espace de jeu est délimité par une ligne imaginaire au delà de laquelle se situent les coulisses - le lieu des « arrêts de jeu » - matérialisées par quelques mobiles rouge sang, sur roulette. Ivan le Terrible de Prokofiev accompagne musicalement le texte de Ionesco, tour à tour murmuré, proféré, haché, brutalisé, chanté, renié, vociféré… par les acteurs.

"Il faut tout jouer allegro. Pas de temps, jamais. Molière ou Shakespeare, ça va à toute allure. L'acteur va vite, l'écriture va toujours à toute allure (…) toujours chasser les temps. Parce que, par les temps s'engouffre l'émotion toute faite, la psychologie." Valère Novarina

L’écriture de Ionesco, à la fois chaotique et parfaitement structurée, qui imbrique et conteste tous les codes théâtraux, est le terrain idéal de mes explorations. Divertissement pour les uns, cauchemar pour les autres ; du boulevard à la tragédie, en passant par le conte de fée ; universel et clairvoyant. Macbett est l’occasion pour chacun d’une réflexion sur la mécanique du pouvoir et ses perpétuelles répliques.

Jérémie Le Louët