Compagnie

Avant-propos

On oppose à tort théâtre de texte et théâtre de corps. Le texte est littérature, mais pas la voix humaine qui le tord. La parole est un mouvement, par la prise de respiration qui la précède et par l’expiration qui la presse de sortir.
J’aime me rappeler que dans le théâtre élisabéthain, c’était l’intensité du verbe, les caractères extraordinaires des personnages et l’engagement physique des acteurs qui galvanisaient la foule.

Académisme, postures radicales, codes de jeu stéréotypés, composition de personnage, faux lyrisme, désincarnation, bavardage, sensiblerie... Tous ces écueils, parfois contradictoires, relèvent pourtant d’un même consensus quasi unanimement adopté sur nos scènes : l’acteur, aujourd’hui, veut parler comme dans la vie, ou « comme au théâtre », ou comme un présentateur T.V ou comme un doubleur de dessin animé, jouant le sens et expliquant son texte – ou son sous-texte…

Depuis Antonin Artaud et son athlétisme affectif, depuis Carmelo Bene et sa machine actorielle, peu de metteurs en scène se sont intéressés à l'acteur comme « potentialité musicale », sonnante et dissonante, vibrante et détachée ; du trivial à l'incantatoire.

En 2002, j'ai réuni un groupe de comédiens de ma génération avec lequel est née la Compagnie des Dramaticules. Dès lors, j’ai souhaité interroger les notions d’interprétation et de représentation en portant un regard critique sur le jeu. J’aime que cohabitent dans un même spectacle la tradition et l’expérimentation, la grandiloquence et le réalisme le plus trivial, la moquerie satirique et l’hommage vibrant, la tragédie classique et le canular. Mes choix de répertoire et de création sont toujours guidés par cette envie de décloisonner les genres, de bousculer les codes, de contester la notion de format. Les questions du sacré et du politique traversent tous mes spectacles. L'homme broyé par ses démons est mon héros favori.

Jérémie Le Louët

Photo © Jean-Louis Fernandez